Gloria Coates: une Américaine en Allemagne

  [Gloria Coates] « brings together the straight and the curved, the familiar and the weird, the hard-edged and the vague, the tonal and the beyond-atonal, and sets us down in musical landscapes which disallow our usual figure-ground experiences of focusing within a musical texture. » Kyle Gann.

Peu connue, Gloria Coates gagne à l’être parce que sa musique est une des plus originales de la scène contemporaine. Dans une entrevue accordée à Bruce Duffie en 1995, alors qu’elle était en séjour dans son coin de pays natal aux États-Unis, elle comparait la composition de ses oeuvres au contrôle d’un cheval sauvage: « You know where you have to go, so you have to control it and get it there. It may try to go strange ways! » Sa musique est très intense dans des formes relativement simple, quoiqu’on en découvre toute la complexité à mesure qu’on l’écoute. Sur Médiapart, le compositeur de musique, cinéaste et écrivain Jean-Jacques Birgé résume fort bien sa démarche artistique:

Gloria Coates affectionne particulièrement les glissandi chers à Penderecki (première période) et Xenakis, les timbales venant souvent donner du gras aux cordes. Sa musique n’a pas la froideur des férus de mathématiques. Les sentiments dramatiques flottent au-dessus d’un océan lugubre. Les pièces pour orchestre, à la fois minimalistes et aux textures insaisissables, conviennent particulièrement à sa critique du monde. Gloria Coates joue des dissonances, quarts de ton, canons et palindromes sans ne jamais négliger de susciter de fortes émotions. (Source)

Mais laissons-là parler d’elle, dans une entrevue d’une dizaine de minutes, pour New Music USA, datée de 2016 :

Sa démarche compositionnelle est extrêmement rigoureuse. Il faut lire, dans l’entrevue avec Bruce Duffie, les recherches minutieuses qu’elle a faites à propos de Léonardo da Vinci pour une oeuvre qu’elle n’avait pas alors complétée, ou encore celles tout aussi exhaustives pour sa Symphonie no 10 Drones of Druids on Celtic Ruins, pour le réaliser. Tout comme Galina Ustvolskaya, elle peut prendre beaucoup de temps avant de terminer une oeuvre, quoiqu’elle est tout à fait en mesure de respecter les délais pour les oeuvres qu’on lui commande. Tout au long de sa carrière, elle a eu la chance de ne vivre que de ses talents de compositrices, principalement en Allemagne où elle n’était venue que pour un an en 1969.

Terminons avec cette phrase extraite des notes de l’album éponyme sorti en 2002 (sur la page où mène ce lien, on peut accéder en entier aux notes de l’album, en document pdf, ce qui n’est hélas pas toujours le cas pour les autres albums offerts en version numérique):

[Gloria Coates] realizes, as most serialist and expressionist composers have not realized, how much more intense a piece of music can become when it is narrowly focused, when it does not flutter around to every possible technique, but hammers away within well-defined limits.

Bref, les prouesses techniques caractéristiques de ses contemporains ne l’intéressent pas.

Une oeuvre que je trouve exceptionnelle:


Pour aller plus loin

Composer Gloria Coates. A Conversation with Bruce Duffie.
Gloria Coates: Beyond the Spheres.
Gloria Coates Interview: September 27, 2010
Kyle Gann. Gloria Coates. Pdf.
Naxos. Gloria Coates.
Gloria Coates Quintet A personal view, by Peter Sheppard Skærved (un violoniste qui interprète des oeuvres de Gloria Coates)
Pytheas Center for Contemporary Music. Gloria Coates (1938 – )
WQRX. Guerilla Composer Portrait: Gloria Coates.