Ella Adaïewski (1846–1926): pianiste, compositrice et musicologue

Adaïewski n’est pas le nom de famille de cette compositrice née en 1846, mais plutôt la forme masculine du pseudonyme Adayevskaya, «construit sur trois lettres rappelant le triple coup de timbale A (la), D (ré) et A (la) qui scande l’ouverture de l’opéra Ruslan and Ludmila de Mikhail Glinka» (lu sur le site Compositeurs négligés d’André Hautot, ce fait est également relaté dans Oxford Music Online, une ressource à laquelle j’accède depuis le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec). Elizabeth Schultz devait peut-être juger que le masculin était préférable dans un nom d’artiste.

Née dans une famille appartenant à l’aristocratie Saint-Pétersbourgeoise, Elizabeth suivit très tôt des cours de piano de sa mère, née Theodora von Unzer, laquelle enseignait cet instrument dans un prestigieux institut pour filles de Saint-Pétersbourg. Suivront des cours par le célèbre compositeur, pianiste et professeur de musique Adolph Henselt. À l’âge de quinze ans, elle donne avec grand succès un premier concert public dans sa ville natale. Puis ce sera des tournées en Russie et en Europe, après quoi elle est admise au conservatoire de Saint-Petersbourg. Elle y aura notamment comme professeur Anton Rubinstein et Alexander Dreyschock. Les prouesses techniques de ce dernier étaient comparables à celle de Lizt, selon l’Encyclopedia Britannica.

Après des études dont elle sort avec le titre d’artiste libre, elle obtient une pension accordée directement par le Tsar, peut-être à cause de ses dons exceptionnels de pianiste. Elle compose diverses oeuvres, dont des choeurs destinés à la chapelle impériale, et deux opéras (Nepri′gozhaya/Doch′ boyarina en 1873 et Zarya svobodï en 1877), ce dernier dédié au Tsar Alexandre II. Toutefois, la censure le rejeta sous prétexte qu’il comportait une scène dans laquelle des paysans se révoltent. Un troisième opéra, comique celui-là, Solomonida Saburova, demeurera à l’état de manuscrit. Aucun des ses opéras ne sera joué en public. Se sera-t-elle découragé de tous les obstacles qu’on mettait sur sa route (selon le musicologue Umberto Berti, elle aurait été accusé de propagande socialiste, ou du moins d’un libéralisme excessif)? Elle part vivre à l’étranger à la fin des années 1870.

Après avoir quitté la Russie, elle réside à Paris, Berlin et Vienne et, en 1882, s’installe à Venise avec sa sœur Pauline qui est peintre. Elle et sa soeur passeront plusieurs étés dans le Frioul. Un parc porte le nom Ella Schulzt-Adaïewsky à Udine, ainsi qu’une rue dans la commune de Tarcento où elle aura séjourné plus de vingt étés. Elle mène des enquêtes inspirées des travaux du linguiste Jan Baudouin de Courtenay, et rédige des articles qui sont publiés dans des revues savantes. Ses recherches musicales la situent à l’orée de l’ethnomusicologie.

La Sonate « grecque » pour clarinette & piano en quarts de tons (Griechische Sonate), composée de 1881, montre son intérêt pour la musique ancienne.

En outre, elle a rédigé plus d’une centaine de critiques pour diverses revues musicales. Son corpus comporterait plus de 130 oeuvres, peut-être même davantage. D’une grande culture, Adaïewkski s’exprimait en russe, en italien, en allemand et en français. On retrouve le pseudonyme français Bertramin dans certains de ses écrits.

Elle décide de vivre en Allemagne à compter de 1911. Par mesure de précaution, elle reprendra son nom allemand pendant la Première Guerre mondiale. Il est ironique de savoir qu’elle fut soupçonnée d’espionnage pour les bolchéviques, alors même que ces derniers confisquaient la propriété de sa famille. Décédée en 1926, Elizabeth von Schulzt est enterrée dans le vieux cimetière Alter Friedhof de Bonn.

Un album en écoute continue (streaming):
Adaiewsky: 24 Preludes for Voice and Piano – Piano Music – Berceuse estonienne. Sur cet album, la pièce Gavotte fait partie de mes coups de coeur.
Trois de ses oeuvres dans l’album Kammermusik Aus Dem Baltikum
Griechische Sonate (en deux mouvements) dans l’album Raretés romantiques.


Pour aller plus loin

Un site tenu par la professeure Renate Hüsken sur la vie et l’oeuvre d’Ella Adaïewsky notamment un résumé biographique: Ella Adaïewsky (1846–1926). Pianistin, Komponistin und Musikwissenschaftlerin De loin la meilleur source. En allemand, mais la traduction avec Deepl rend justice au texte de Renate Hüsken qui l’a rédigé. Elle a publié, toujours en allemand, un ouvrage sur la compositrice.

Si vous lisez l’italien, cette page relate les efforts faits pour commémorer la vie et l’oeuvre d’Ella Adaïewsky. L’image au haut de ce billet provient de ce site. Encore là, Deepl peut être d’un grand recours.

Coup de coeur pour une musique d’Ella Adaïewsky Il s’agit de l’article rédigé par André Hautot. L’auteur y relate plusieurs faits en lien avec la vie d’Adaïewsky, mais hélas il ne cite pas ses sources.

Schultz-Adaïewsky, Ella von. Brève biographie et image de sa pierre tombale érigée dans le cimetière Alter Friedhof, Bonn.

Schultz (von) Elizabeth(1846 – 1926) pianista, etnomusicologa. En italien.

Swain, Elizabeth Anne. Archivio della ricerca di Trieste. A Journey to Resia and an analysis of Resian melodies and dance airs. Résumé en anglais.

« Qui connaît Résia et les Résiens? » Il viaggio di Ella von Schultz Adaïewsky e la nascita dell’etnomusicologia Intéressant pour voir le manuscrit (en français) d’une recherche qu’elle a fait sur un peuple slave dont les descendants vivent encore aujourd’hui en Italie.

Une photographie d’Ella Adaïewsky prise vers 1864. Source de l’image que vous voyez dans ce texte.

Variantes de son nom, selon la Librairie du Congrès américain.