Elisabeth Jacquet de La Guerre, compositrice au temps de Louis XIV

On peut dire que jamais personne de son sexe n’a eu d’aussi grands talents qu’elle pour la composition de la musique, et pour la manière admirable dont elle l’exécutoit sur le Clavecin et sur l’Orgue.

Évrard Titon du Tillet

Cet hommage indique bien à quel point Elisabeth Jacquet de La Guerre était estimée, quoique son auteur ne semble de toute évidence pas avoir connu Hildegard von Bingen. Nous sommes à Paris, au 17e siècle, ville où Jacquet de La Guerre a vécu toute sa vie. Son père était un célèbre facteur de clavecins, titulaire des orgues de l’église Saint-Louis-en-lIe, et qui plus est excellent pédagogue. Mais il est rare qu’une femme de cette époque ait eu un enseignement aussi approfondi en composition. Il faut dire qu’elle bénéficia de la faveur qu’elle eut auprès de Louis XIV et un temps de sa maîtresse, Madame de Montespan, qui furent sous le charme de ses talents de musiciennes. Sur le site de France Archives (voir lien ci-bas), Catherine Cessac nous apprend qu’après son mariage en 1684, «elle doit quitter la Cour et s’installe à Paris où elle donne dans son appartement de l’île Saint-Louis des leçons et des concerts qui ne tardent pas à être réputés, notamment pour son talent dans l’improvisation».

Dans un article paru en 2008, la musicologue Mary Cyr écrit: «Jacquet de La Guerre distinguished herself from her contemporaries, such as François Couperin and Louis-Nicolas Cl?rambault, by composing and publishing in many different genres and was duly admired for it.» Cependant, elle doit faire face à des obstacles que n’avaient pas à franchir ses contemporains mâles:

We may not yet fully understand the extent to which Jacquet de La Guerre’s gender affected her career, but we do know that the favourable support she received from royalty did not remove the significant obstacles she faced while pursuing a profession that was almost exclusively male dominated.

Ainsi, il n’était pas question qu’elle fréquente l’université, non plus qu’elle obtienne une charge officielle à la Cour. De même, les voyages à l’étranger, notamment en Italie où elle aurait pu parfaire son art, lui étaient impossibles. Ce qui est admirable, c’est qu’elle ait néammoins réussi à composer dans plusieurs genres, y compris l’opéra. So leg musical est un témoignage de sa grande force de caractère.


Pour aller plus loin

Andrea Zuvich (historienne). Élisabeth Jacquet de La Guerre.
Catherine Cessac, Elisabeth Jacquet de La Guerre. France Archives. Recueil des Commémorations nationales 2015.
Claire Bernard. Critique de l’ouvrage Catherine CESSAC, Elisabeth Jacquet De La Guerre, Une femme compositeur sous le règne de Louis XIV, Arles, Actes Sud, 1995, 213 p. CLIO a lu.
Elisabeth-Claude Jacquet de LA GUERRE (sur le site Opéra Baroque)
France Culture. L’art de toucher les clavecins. 21 avril 2018. En seconde partie, rencontre avec la claveciniste et enseignante Marie Van Rhijn, qui remet à l’honneur la compositrice et pionnière Elisabeth Jacquet de la Guerre (19965-1729).
France Musique. Horizons chimériques. Elisabeth Jacquet de la Guerre. 5 mars 2014.
France Musique. Musicopolis.

Mary Cyr. Elisabeth Jacquet de La Guerre: Myth or Marvel? Seeking the Composer’s Individuality. The Musical Times, Vol. 149, No. 1905 (Winter, 2008), pp. 79-87. (J’y accède via Bibliothèque et Archives nationales du Québec (lien vers l’article consulté le site de la BaNQ) dont il faut être abonné pour pouvoir consulter les ressources numériques.)
Project Muse. Singing Jacquet de La Guerre.
The Impact of Elisabeth-Claude Jacquet de la Guerre on Gender Roles in Music (pdf)