Thea Musgrave: l’art du drame

Née en Écosse, Thea Musgrave a étudié à l’Université d’Edimbourg avec (Hans ) Gál [un compositeur autrichien, professeur de musique et pianiste exilé au Royaume-Uni, sa musique ayant été bannie par les Nazis], dont l’enseignement du contrepoint a constitué pour elle une solide base technique de composition. Elle s’était d’abord inscrite en médecine, mais elle a vite réalisé qu’elle s’était trompée, d’autant plus que l’École de musique était située tout juste à côté de celle de médecine. Elle dit avoir également été influencée par Tovey [Sir Donald Francis Tovey, un compositeur, critique musical, musicologue, analyste, pianiste et chef d’orchestre écossais], bien qu’elle ne l’ait jamais connu, et s’est particulièrement intéressée au développement de son sens de  » l’harmonie à long terme « , c’est-à-dire impliquant un certain nombre de relations harmoniques sur une longue période de temps, i.e « la ligne générale de ce que serait une pièce  » (Musgrave).

En 1949, sur les conseils de Curzon, elle entre au Conservatoire de Paris afin d’étudier avec Nadia Boulanger. Alors que Gál avait mis l’accent sur la ligne, Boulanger se concentrait sur les détails les plus infimes en discutant, par exemple, du choix d’un seul instrument dans un accord richement texturé. Musgrave va demeurer un élève privé de Boulanger jusqu’en 1954, remportant le Prix commémoratif Lili Boulanger du Conservatoire de Paris. Sa première commande, pour le Scottish Festival de Braemar (Suite o’Bairnsangs, 1953), est venue alors qu’elle était encore à Paris.

La pianiste Margaret Kitchin lui suggère d’écrire à Glock pour voir s’il n’y aurait pas un poste d’enseignant à l’école d’été de Dartington, ce qu’elle fera [Sir William Glock qui était directeur musical à la BBC depuis 1959, avait fondé cette prestigieuse école d’été). Elle va y passer quatre précieuses années. Parallèlement, BBC Scotland lui commande Cantata pour une journée d’été, ce qui attire l’attention du public sur elle. Les premières réactions à ses oeuvres (de ses contemporains John Warrack et Donald Mitchell, entre autres) ont été largement positives quoique réservées, citant une approche conservatrice et claire avec un accent sur les mélodies diatoniques et une facilité naturelle pour fusionner la musique et le langage.

Musgrave voyage aux Etats-Unis et étudie à Tanglewood avec Copland ; elle est aussi très influencée par la musique d’Ives et Babbitt. Elle se détourne de plus en plus de son écriture déclamatoire, souvent modale, en faveur du sérialisme. Résidant aux États-Unis à partir de 1972 (elle venait d’épouser l’américain Peter Mark avec qui elle vit encore aujourd’hui), Thea Musgrave se tourne elle-même, dans les années 1970, vers la direction d’orchestre. De 1987 à 2002, elle est professeur au Queens College de la City University of New York. La compositrice a entretenu des relations étroites avec le Virginia Opera de Norfolk (dirigé par Mark entre 1974 et 2010), où ont lieu plusieurs créations de ses opéras, entre 1979 et 1995. Âgée de 90 ans, elle n’a pas cessé de composer.

Voyez-là se raconter

Thea Musgrave dans Spotify


Pour aller plus loin

Son site Web

Composer Thea Musgrave. A Conversation with Bruce Duffie
Encyclopedie Universalis. Thea Musgrave. (lien vers le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, mais plusieurs bibliothèque à travers le monde offrent l’accès à Universalis)
France Musique (Metropolis) 1988, Thea Musgrave crée The Seasons.
Music Sales Classical. Thea Musgrave (long biography).
Grove Music Online. Musgrave, Thea (même remarque que dans le cas d’Encyclopedia Universalis).
Thea Musgrave: Where The Practicality Comes In (sur Vimeo)

La photo de Thea Musgrace provient de son site (photo de presse;  Bryan Sheffield photographe).

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