Chaya Czernovin, une voix singulière

Tout au long de mon parcours créatif, la question
du temps musical est celle qui m’a le plus engagé.

Cette citation provient d’une entrevue accordée en avril 2017 par Chaya Czernovin à Cinzia Rota (Classicagenda), en lien avec son dernier opéra, « Infinite Now». Vous allez trouvé curieux que je vous parle d’opéra alors que je n’ai pas eu la chance de voir et entendre ceux qu’elle a composés. En fait, en lisant cette entrevue, je me suis souvenue des beaux après-midi que je passais à écouter, sur les ondes de Radio-Canada, les opéras diffusés en direct du Metropolitan Opera de New York. J’en ai conservé un faible pour ce genre musical et je vis une grande frustration de ne pas pouvoir assister, ici à Québec, à des opéras dont la musique est composée par des femmes.

Parlant d’opéra, Czernovin dit de Pelléas et Mélisand, de Debussy, que cette oeuvre a changé sa vie. Elle a fait cet aveu à la compositrice Clara Iannotta (une de ses anciennes élèves) dans une autre entrevue, publiée en 2016.

Debussy avait brisé de très anciennes conventions musicales. Voici une réponse qu’il fit aux critiques de son époque: «existe-t-il une loi qui empêche le musicien de mélanger ces trois éléments [mélodie, harmonie et rythme] dans telle proportion plutôt que dans telle autre». Tout comme Debussy, Czernowin souhaite déstabiliser l’auditoire pour l’amener ailleurs.

I would like a person who hears my music to experience something. And I hope that the experience would be visceral and very, very strong.

À l’écoute de ses oeuvres, je dirais que c’est un pari réussi.

Czernowin enseigne la composition. Il n’est pas étonnant que dans une autre entrevue, elle ait voulu illustrer le processus de composition par une image:

I think there is a creative process that can apply to a lot of composers which I would describe in the following way: first, one has to figure out where their feet are and what are their feet. And then once they discover their feet they have to create a small island for these feet to stand on. Once this island is there (and it might just be a small hill of sand) they have to discover the area, the terrain. And they create this small cosmos which is their language or their behavior in musical terms. But at a certain point, hopefully, that will just not be sufficient. Because you create certain methodologies, certain behaviors, certain habits. And at some point they stand in your way because you have actually grown out of them. Then you have to look again at your feet and find a new island to basically start anew. Let’s say that after you have two islands, you can start thinking about your universe, and see them as a part of the same universe.

Elle ajoute que cela pourrait sembler enfantin pour certains, mais que c’est la description de son propre développement en tant que compositrice.

Chaya Czernowin dans Spotify

Pour aller plus loin

Son site Web

France Musique. Chaya Czernowin, l’expérience du son (2017)
Iannotta, Clara. The Smallest Island of Strangeness. An Interview with Chaya Czernowin (2016)
Rota, Cinzia. Infinite now : une conversation avec Chaya Czernowin (2017)
Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (IRCAM). Chaya Czernowin (2017)
Oteri, Frank J. Chaya Czernowin: a strange bridge toward engagement (2011)
Tham, Andrew. 5 Questions to Chaya Czernowin

La photo de Chaya Chernowin provient de Wikipedia (anglais).

Les commentaires sont fermés.

Create a website or blog at WordPress.com

Up ↑